Rénopack : ce que la réforme du 1er octobre change à la valeur des maisons G, F et E en Wallonie

Le 1er octobre 2026, la Wallonie tourne la page des primes Habitation. Plus de 120 aides calculées poste par poste laissent la place à deux prêts, le Rénopack et le Rénoprêt, réservés aux logements classés G, F ou E. Toute la presse explique comment obtenir ces prêts. Cet article pose une autre question, celle qui intéresse un propriétaire qui vend : que fait cette réforme à la valeur de sa maison ?
En bref
- À partir du 1er octobre 2026, seuls les logements classés G, F ou E ont droit au soutien régional à la rénovation énergétique en Wallonie, à condition de gagner au moins un palier de label (G ou F vers D au minimum, E vers C au minimum).
- Le Rénopack est un prêt à 0 % dont une partie n’est pas à rembourser : 50 %, 40 % ou 15 % selon les revenus, sur un montant plafonné à 75 000 € pour une maison.
- Pour un ménage aux revenus modestes, cette « prime intégrée » peut atteindre 37 500 €, écomatériaux compris, soit environ 18 % du prix moyen d’une maison dans le Hainaut.
- Une maison classée D n’est pas éligible au nouveau soutien énergétique ordinaire. C’était le cas d’environ un logement certifié sur six dans le parc certifié entre 2010 et 2018.
- Pour les demandes de primes de l’ancien régime, les travaux doivent être réalisés et la demande introduite avec la facture finale au plus tard le 30 septembre 2026. Les Rénopacks immatriculés avant cette date relèvent de dispositions transitoires.
Ce qui change le 1er octobre 2026
À partir du 1er octobre 2026, la Wallonie ne subventionnera plus les travaux de rénovation énergétique un par un : elle financera un projet global, par un prêt, et uniquement pour les logements classés G, F ou E. C’est le résumé des grandes lignes du nouveau régime publiées par le Service public de Wallonie (SPW Énergie) le 17 juillet 2026.
Concrètement, trois choses changent pour un propriétaire occupant.
- Le mode de soutien. L’ancien système remboursait une partie des factures après travaux, poste par poste (toiture, murs, châssis, chauffage...). Le nouveau système prête l’argent au départ et calcule l’aide sur l’ensemble du projet.
- Le ciblage. Seuls les logements énergivores sont concernés. Un logement G ou F doit atteindre au moins le label D après travaux ; un logement E doit atteindre au moins le label C.
- L’audit. Un audit préalable devient obligatoire avant les travaux, et son coût fait partie des dépenses finançables. Pour les ménages de la catégorie C1, l’expertise énergétique réalisée dans le cadre du Rénopack pourra valoir pour audit.
Le plafond d’emprunt passe à 75 000 € pour une maison unifamiliale, contre 60 000 € auparavant. Pour un appartement, il est de 60 000 € par logement. Les copropriétés peuvent emprunter pour les parties communes, jusqu’à 600 000 € (moins de 20 lots) ou 750 000 € (20 lots ou plus).
Rénopack et Rénoprêt : le barème par catégorie de revenus
Le montant de l’aide dépend désormais du ménage, et non plus seulement des travaux. Le SPW Énergie distingue quatre catégories de revenus imposables, diminués de 5 000 € par personne à charge.
| Catégorie | Revenus imposables du ménage | Produit | Taux | Part non remboursée | « Prime intégrée » maximale (maison, 75 000 €, écomatériaux compris) |
|---|---|---|---|---|---|
| C1 | jusqu’à 28 900 € | Rénopack | 0 % | 50 % | 37 500 € |
| C2 | de 28 900,01 à 41 100 € | Rénopack | 0 % | 40 % | 30 000 € |
| C3 | de 41 100,01 à 67 100 € | Rénopack | 0 % | 15 %* | 11 250 €* |
| C4 | de 67 100,01 à 122 800 € | Rénoprêt | préférentiel | 0 % | 0 € |
Source : SPW Énergie, grandes lignes du futur régime (juillet 2026). Calcul Estimios pour la dernière colonne. *Un taux plus élevé pour cette catégorie a été évoqué dans la presse le 16 septembre, sans confirmation officielle à ce jour. Les textes n’étant pas définitifs, vérifiez le barème final auprès de la Société wallonne du Crédit social (SWCS) ou du Fonds du Logement de Wallonie.
Ces taux de 50 %, 40 % et 15 % comprennent déjà une majoration de 5 points liée à l’utilisation d’écomatériaux. Sans écomatériaux, les taux de base sont de 45 %, 35 % et 10 %, et les montants maximaux du tableau sont réduits d’autant. Les propriétaires bailleurs et les copropriétés passent par le Rénoprêt, sans réduction du capital.
Ce que pèse la prime intégrée face au prix d’une maison
Pour un ménage de catégorie C1, la part non remboursée du Rénopack peut représenter jusqu’à 17,7 % du prix moyen d’une maison dans le Hainaut, contre 7,9 % dans le Brabant wallon. Ce calcul d’Estimios rapporte la prime intégrée maximale aux prix moyens des maisons publiés par les notaires (Fednot) pour le premier semestre 2026.
| Province | Prix moyen d’une maison (S1 2026) | C1 : 37 500 € | C2 : 30 000 € | C3 : 11 250 € |
|---|---|---|---|---|
| Hainaut | 212 409 € | 17,7 % | 14,1 % | 5,3 % |
| Liège | 258 688 € | 14,5 % | 11,6 % | 4,3 % |
| Namur | 268 222 € | 14,0 % | 11,2 % | 4,2 % |
| Luxembourg | 281 286 € | 13,3 % | 10,7 % | 4,0 % |
| Brabant wallon | 471 945 € | 7,9 % | 6,4 % | 2,4 % |
| Wallonie | 266 036 € | 14,1 % | 11,3 % | 4,2 % |
Sources : Fednot, baromètre du 2e trimestre 2026 (prix moyens) ; SPW Énergie (barème). Hypothèse : projet atteignant le plafond de 75 000 €. Aide maximale théorique, écomatériaux compris. Ce rapport mesure le poids de l’aide face au prix moyen, pas une hausse de valeur. Les prix moyens portent sur toutes les maisons, quel que soit leur label ; une maison G ou F se vend en général sous la moyenne, ce qui rendrait la part réelle plus élevée.
Deux lectures s’imposent. D’abord, là où les maisons sont bon marché, l’aide pèse lourd : à Charleroi ou à Mons, une maison à rénover achetée par un jeune ménage modeste peut voir une part importante des travaux prise en charge. Ensuite, dans le Brabant wallon, l’effet sur le prix reste marginal : la réforme ne changera pas grand-chose à la négociation.
Le piège du label D
Une maison classée D n’est pas éligible au nouveau soutien énergétique ordinaire à partir du 1er octobre 2026, alors qu’elle reste loin des exigences prévues pour les décennies suivantes. C’est l’effet le moins commenté de la réforme. Des dispositifs particuliers peuvent subsister dans certaines situations.
Selon l’analyse de 497 236 certificats PEB de bâtiments résidentiels existants, établis entre 2010 et 2018, publiée par le Centre d’Études en Habitat Durable (CEHD) avec le SPW, la répartition du parc certifié était la suivante :
| Label PEB | Part des logements certifiés (2010-2018) | Soutien à partir du 1er octobre 2026 |
|---|---|---|
| G | 29,9 % | Oui, si le logement atteint au moins D |
| F | 14,5 % | Oui, si le logement atteint au moins D |
| E | 15,7 % | Oui, si le logement atteint au moins C |
| D | 15,5 % | Non |
| C | 14,0 % | Non |
| B et mieux | 10,4 % | Non |
Source : CEHD, Performance énergétique du parc de bâtiments résidentiels en Wallonie, édition 2019. Ces données sont anciennes et portent sur le parc résidentiel existant certifié, alimenté majoritairement par les ventes et locations, et non sur l’ensemble du parc wallon. Elles donnent un ordre de grandeur.
Environ six logements certifiés sur dix sont donc éligibles. Mais un sur six environ, classé D, sort du dispositif. Or le gouvernement wallon a annoncé en décembre 2025 une obligation de rénovation pour les acheteurs : à partir de 2028, ils disposeraient de cinq ans après l’acte pour atteindre un label minimum, avec des exigences qui se renforceront ensuite vers C puis B. Ces textes ne sont pas encore définitifs.
Pour un vendeur, la conséquence est simple : une maison D risque de se retrouver dans un entre-deux. Elle n’est pas assez mauvaise pour que l’acheteur reçoive une aide, et pas assez bonne pour qu’il échappe aux travaux à moyen terme. Un acheteur informé fera ce calcul lors de sa visite.
Vendre une maison G, F ou E : un argument, pas une plus-value
La réforme n’augmente pas automatiquement la valeur d’une passoire énergétique. Elle modifie en revanche le raisonnement de certains acheteurs.
Un acheteur évalue toujours une maison à rénover de la même façon : prix d’achat, frais, coût des travaux et marge de sécurité. Le Rénopack réduit le poste « travaux » pour les ménages des catégories C1 à C3, et leur évite en plus de payer des intérêts sur cette somme, à un moment où la Banque centrale européenne vient de relever ses taux directeurs (le 10 septembre 2026). Le coût global du projet baisse donc pour eux, ce qui peut soutenir le prix qu’ils acceptent de payer.
Il existe cependant trois limites.
- À label identique, l’aide dépend de l’acheteur. Un ménage C4 ou un propriétaire-bailleur n’obtient aucune réduction du capital. Le « bonus » ne vaut que pour une partie des candidats.
- Le prêt reste un prêt. La part non réduite doit être remboursée. Le 16 septembre, le PS a critiqué la réforme en estimant que les ménages les plus modestes, déjà proches de leur limite d’emprunt, auraient du mal à y accéder. La ministre wallonne Cécile Neven (MR) a répondu que le lancement ne devrait pas nécessiter de moyens importants, les versements suivant l’avancement des travaux.
- Le projet doit être global. L’audit préalable et le saut de label obligatoire impliquent souvent un chantier lourd. Tous les acheteurs n’ont ni le temps ni l’envie de le mener.
Ce que vous pouvez faire avant et après le 30 septembre
Si vous êtes propriétaire et que vous envisagez des travaux ou une vente, voici les points à vérifier.
- Consultez le label de votre certificat PEB. C’est lui qui détermine si votre maison entre dans le nouveau dispositif. Depuis le 1er septembre 2026, les nouveaux certificats wallons présentent aussi un parcours de rénovation indicatif.
- Si vous avez des travaux en cours selon l’ancien régime, faites-les terminer et introduisez votre demande avec la facture finale au plus tard le 30 septembre 2026. Après cette date, aucune demande n’est plus recevable. Les Rénopacks immatriculés avant le 30 septembre 2026 relèvent de dispositions transitoires : les travaux liés peuvent encore être réalisés ensuite. Les plateformes d’accompagnement indiquent que les dossiers complets introduits avant cette date restent traités selon les anciennes règles.
- Si votre maison est classée E, F ou G et que vous vendez, mettez en avant le Rénopack dans l’annonce et lors des visites. Un acheteur qui connaît sa catégorie de revenus peut chiffrer précisément son projet.
- Si votre maison est classée D, préparez vos arguments. Rassemblez les factures des travaux déjà réalisés, un devis pour les postes qui manquent, et montrez que la maison est proche du label C.
- Faites estimer votre bien en tenant compte de son label. Le prix d’une maison à rénover dépend du marché local : comparez avec les ventes récentes dans votre commune, par exemple sur les pages prix immobilier à Charleroi, à Liège ou à Namur.
Questions fréquentes
Le Rénopack est-il une prime ?
Non. Le Rénopack est un prêt à 0 % dont une partie n’est pas à rembourser : 50 % pour la catégorie C1, 40 % pour la C2 et 15 % pour la C3, majoration écomatériaux comprise, selon la communication du SPW Énergie de juillet 2026. C’est cette part non remboursée qui joue le rôle de prime.
Ma maison est classée D : ai-je encore droit à une aide régionale ?
Pas dans le nouveau régime, qui ne vise que les logements G, F et E. Des aides communales ou des avantages fiscaux peuvent exister ; renseignez-vous auprès de votre commune ou d’un Guichet Énergie Wallonie.
Que se passe-t-il pour une demande de prime introduite avant le 1er octobre ?
Selon les plateformes d’accompagnement wallonnes, une demande complète, facture finale comprise, portant sur des travaux réalisés et introduite au plus tard le 30 septembre 2026 est traitée selon les règles de l’ancien régime, même si la décision tombe après le 1er octobre.
Un propriétaire bailleur peut-il obtenir le Rénopack ?
Non. Les propriétaires bailleurs passent par le Rénoprêt, un prêt à taux préférentiel sans réduction du capital à rembourser.
La réforme fait-elle monter le prix des maisons énergivores ?
Pas mécaniquement. Elle réduit le coût des travaux pour les acheteurs aux revenus modestes et moyens, ce qui peut soutenir leur offre, surtout dans les provinces où les maisons sont bon marché comme le Hainaut. Pour un acheteur aux revenus plus élevés ou pour un investisseur, rien ne change.
Cet article repose sur les informations publiées jusqu’au 22 septembre 2026. Les arrêtés d’exécution du nouveau régime peuvent encore modifier certains montants ou plafonds.